LXRV PHOTO DESSIN JEAN-MICHEL BASQUIAT MARCHÉ ART RECORD ENCHÈRES
Dessin hommage au poing levé ganté de noir des deux sprinters noirs américains, Tommie Smith et John Carlos, médailles d'or et de bronze du 200 m hommes en athlétisme, le 16 octobre 1968, lors des XIXe Jeux olympiques à Mexico. Le symbole des Black Panthers pendant la diffusion de l’hymne des États-Unis : un formidable geste politique défiant l’Amérique blanche. Et une œuvre désormais majeure, adjugée 1,9 million de livres le 14 février à Londres. (© Jean-Michel Basquiat, sans titre, 1982 / Phillips 2013)

L’art des enchères à son climax

PARIS, 21 MAI 2013, LXRV – Le 14 février à Londres, un dessin sans titre de Jean-Michel Basquiat, daté de 1982, est adjugé 1,9 million de livres par la maison Phillips, réalisant la meilleure enchère de toutes les œuvres présentées ce jour, dont certaines signées Banksy, Damien Hirst, Jean Dubuffet, Mark Grotjahn, Rob Pruitt, Rudolf Stingel ou encore Andy Warhol. Au total, la vente d’art contemporain du mois de février chez Phillips enregistre un montant de 14 millions de livres et huit records.

Trois mois plus tard à New York, le 16 mai, toujours chez Phillips, une peinture d’Andy Warhol intitulée « Four Marilyns » trouve cette fois preneur pour un montant de 38,2 millions de dollars, l’enchère la plus forte de cette saison pour le roi disparu du pop-art. Trente lots partent pour un montant cumulé de de 78,6 millions de dollars, mais loin de l’objectif de 105,5 millions : sans doute le contre-coup de la vente d’art contemporain et d’après-guerre organisée vingt-quatre heures plus tôt par la maison Christie’s, enregistrant un montant historique de 495 millions de dollars et seize enchères records, en particulier pour la peinture «Number 19, 1948 » de Jackson Pollock (58,4 millions de dollars), la toile « Dustheads » de Jean-Michel Basquiat (48,8 millions de dollars) et « Woman with Flowered Hat » de Roy Lichtenstein adjugé 56,1 millions au diamantaire britannique Laurence Graff.

Deux jours plus tôt, c’était la vente de charité intitulée « The 11th Hour Auction » organisée en faveur de l’action environnementale de la Fondation Leonardo DiCaprio qui récoltait plus de 38 millions de dollars, toujours chez Christie’s. Le même jour, la vente d’art contemporain chez Sotheby’s atteignait encore 294 millions de dollars et inscrivait cinq autres records, notamment pour une peinture monumentale de Barnett Newman (Onement VI », 43,8 millions de dollars) et une autre de Gerhard Richter (« Domplatz, Mailand / Cathedral Square, Milan », 37,1 millions).

LXRV PHOTO PEINTURE ANDY WARHOL FOUR MARILYNSDe l’autre côté de l’Atlantique, en Suisse, toujours le 14 mai, la vente chez Sotheby’s Genève des bijoux de l’actrice italienne Gina Lollobrigida en faveur de la création d’un centre de traitement par cellules souches dépasse elle aussi les prévisions totalisant 4,7 millions de francs suisses d’enchères, soit le double du montant attendu. La veille chez Christie’s, une montre bracelet chronographe Rolex de 1942 est adjugée 1,16 millions de dollars, montant record jamais atteint par un modèle de la marque horlogère suisse. Et le 15 mai, toujours à Genève, le groupe Swatch, nouveau propriétaire de Harry Winston, s’offre chez Christie’s un diamant pur de 101,73 carats pour un montant de 25,88 millions de francs suisses, battant le record précédent de 20,4 millions de francs suisses pour un diamant incolore détenu par l’ « Archiduc Joseph » adjugé chez Christie’s en novembre 2012. La pierre en forme de poire, taillée dans un diamant brut de 236 carats extrait de la mine de Jwaneng au Botswana, a aussitôt été rebaptisée « Winston Legacy ».

Samedi à Newport Pagnell au Royaume-uni, la vente annuelle Bonhams de quarante-sept Aston Martin et Lagonda classiques a atteint le montant record de 10 millions de livres avec 100 % des lots vendus, en particulier une DB4GT « Jet » Coupé Bertone de 1960 partie à 3,2 millions de livres. Dans cet univers de l’automobile de collection, d’autres records médiatiques sont attendus prochainement, le 25 mai dans le cadre du concours d’élégance de la Ville d’Este sur les bords du lac de Côme en Italie, et le 12 juillet lors de l’événement « Goodwood Festival of Speed Sale » organisé par Bonhams Londres. Star des enchères : la première voiture du Beatles John Lennon, une Ferrari 330GT 2+2 Coupé de 1965, achetée quelques heures seulement après avoir obtenu son permis de conduire. Le genre d’anecdote historique dont raffole les investisseurs collectionneurs ou spéculateurs.

LXRV PHOTO VOITURE FERRARI 330GT JOHN LENNOND’après les chiffres d’artprice.com cités dans le rapport Wealth Report 2013, 11,6 milliards de dollars ont été échangés dans les salles de ventes en 2011, plus de la moitié (6,1 milliards) pour des œuvres modernes (1863 à 1945), deux milliards pour celles d’après-guerre (1946 à 1970) et 1,3 milliard pour des pièces contemporaines (après 1970). En 2013, ces investissements représenteront 5% du portfolio d’investissements des « High Net Worth Individuals » (HNWI, personnes détenant un patrimoine supérieur à 30 millions de dollars dont la population mondiale est estimée en 2012 à 189.835 membres), contre 4% en 2012. Les plus fortes progressions d’investissements dits « de passion » en 2012 se retrouvent dans les arts (+19 %), les montres (+18 %) et les voitures de collections (+17 %).

« Les personnes fortunées ont toujours aimé collectionner des objets précieux ou intéressants, souvent à des niveaux extrêmes, et ce désir de possession se développe d’autant plus avec la création rapide de richesse dans les marchés émergents. D’après le rapport Hurun, 64 % des millionnaires chinois sont en train de créer leur collection » commente aussi le Wealth Report 2013. Investissements purement financiers ou passionnels, parfois une combinaison des deux, voire patriotiques quand il s’agit d’encourager des artistes locaux, ces actifs qui satisfont autant le cœur que le calcul mental, ont enregistré des progressions extraordinaires de leur valorisation sur la période des dix dernières années : +395 % pour les voitures de collection, +199 % pour les œuvres d’art, +166 % pour le vin ou encore +76 % pour les montres d’après l’indice KFLII (Knight Frank Luxury investment) dont la moyenne décennale est estimée à +175 % contre 54 % aux valeurs stars du FTSE 100. En 2020, le nombre des HNWI aura augmenté de 50 %, gonflant encore un peu plus la bulle des riches collectionneurs potentiels.

D’autres pressions exogènes se multiplieront sans doute aussi dans les années à venir sur le marché de l’art en général et les cotes de certains artistes et œuvres en particulier, répondant à d’autres objectifs plus stratégiques, d’influence étatique, de gouvernance politique. Les auteurs du livre « Qatar, les secrets du coffre-fort » paru cette année aux Éditions Michel Lafon, Christian Chesnot et Georges Malbrunot, soulignent ainsi qu’avec l’irruption de Doha dans les salles de vente, les prix se sont envolés. « Pour contrôler les cours de l’art, l’émir Hamad a songé un temps racheter Christie’s à François Pinault. L’affaire n’a pas été conclue. L’industriel et mécène n’a pas succombé aux sirènes qatariennes » écrivent-ils avant d’ajouter : « En acquérant pour une fortune Les Joueurs de cartes de Cézanne, le Qatar achetait sa Joconde. Pour attirer les touristes dans ses musées, il lui fallait un trophée prestigieux, explique une spécialiste du marché de l’art. L’idée est de capter le flux des visiteurs entre l’Europe et l’Asie, et ainsi d’allonger la durée de leur séjour, pour que le Qatar ne soit pas une simple escale en transit au free-shop de l’aéroport de Doha. En termes de bruit médiatique, il vaut mieux acheter un Cézanne à 250 millions de dollars que dix tableaux à 25 millions ! analyse Alexandre Kazerouni, chercheur à Sciences-Po qui travaille sur le secteur de l’art et des musées dans le Golfe. (…) Les Qatariens, toujours opportunistes, ont flairé qu’il fallait être présent sur ce secteur : ils achètent donc les codes de la civilisation occidentale. Deux des plus grands capitaines d’industrie en France – François Pinault et Bernard Arnault – ne sont-ils pas également de grands collectionneurs d’art et les hommes les plus influents du pays ? »

Luxe Revue



Commenter cet article

(requis)

(requis)